Lire un profil altimétrique sans se faire piéger

Un profil d'altitude a l'air simple : une ligne qui monte et qui descend. Il cache pourtant deux pièges, l'échelle et le dénivelé, et on peut en tirer beaucoup plus qu'une impression générale.

Par Thomas, cycliste route et gravel · publié le 5 novembre 2026

281 KM · SORTIE DU 1ER NOVEMBREExemple : une de mes sorties de préparation281,4 km2 070 m D+155 m max050100150200050100150200250km
Le profil de ma sortie de 281 km du 1er novembre : 2 070 m de dénivelé positif selon Strava. L'axe vertical est très étiré, d'où cette impression de montagnes russes.

Le premier piège : l'échelle verticale

Sur presque tous les profils, l'axe vertical est exagéré par rapport à l'axe horizontal. Sur l'image ci-dessus, la sortie fait 281 km de long et l'altitude varie entre une vingtaine de mètres et 155 m. Si les deux axes étaient à la même échelle, le profil serait une ligne plate. C'est utile pour voir les bosses, mais trompeur : deux profils qui se ressemblent à l'écran peuvent n'avoir rien à voir sur le vélo.

Le bon réflexe est de toujours regarder les graduations. Une bosse qui occupe la moitié de la hauteur de l'image peut faire 50 m de dénivelé sur un profil de plaine, ou 1 500 m sur un profil alpin. Les stickers et les images de ce site adaptent automatiquement l'échelle verticale à ta trace : compare toujours les chiffres, pas les formes.

Calculer un pourcentage

Le pourcentage d'une pente, c'est le dénivelé divisé par la distance parcourue, multiplié par 100. Une route qui monte de 100 m sur 1 km monte à 10 %. Une montée de 300 m sur 5 km fait 6 % de moyenne.

Le mot important est « moyenne ». Une montée de 5 km à 6 % peut être régulière, ou cacher un replat suivi d'un passage bien plus raide. Sur un profil, repère les endroits où la ligne se redresse : c'est là que ça fait mal, pas forcément là où le total de dénivelé est le plus élevé. Les profils de col publiés par les clubs ou les sites spécialisés découpent souvent la montée par tronçons d'un kilomètre avec la pente de chacun : c'est la lecture la plus utile pour gérer son effort.

Ce que mesure vraiment le D+

Le dénivelé positif, ou D+, c'est la somme de toutes les montées du parcours, petites et grandes. Un parcours qui monte de 50 m, redescend de 50 m puis remonte de 50 m totalise 100 m de D+, même s'il finit à la même altitude qu'au départ.

Comme le D+ additionne tout, il est très sensible aux petites variations. Si l'altitude enregistrée oscille d'un ou deux mètres à chaque point à cause du bruit de mesure, ces oscillations s'additionnent sur des milliers de points et gonflent le total. À l'inverse, si le fichier a peu de points, les petites bosses entre deux points disparaissent et le total baisse.

Pourquoi Strava, Garmin et Komoot ne donnent pas le même D+

Il n'y a pas « un » D+ juste pour une sortie : il y a des façons différentes de le mesurer, et chacune donne son chiffre.

  • La source de l'altitude. Un compteur avec baromètre mesure la pression de l'air, sensible aux changements de météo. Un téléphone ou un compteur sans baromètre déduit l'altitude du GPS, beaucoup moins précis à la verticale. Et un itinéraire dessiné sur une carte reçoit des altitudes issues d'un modèle de relief.
  • Les corrections. Plusieurs services peuvent remplacer les altitudes enregistrées par celles d'un modèle de relief. Strava et Garmin Connect proposent ce type de correction dans certains cas ; selon que tu l'actives ou non, le chiffre change.
  • Le lissage. Avant d'additionner les montées, chaque outil gomme plus ou moins les petites variations. Un lissage fort sous-estime les petits coups de cul, un lissage faible compte le bruit comme du dénivelé.
  • Le nombre de points. Une même sortie exportée avec un point par seconde ou avec un point tous les quelques centaines de mètres ne donne pas le même total.

Un exemple concret avec ma sortie de 281 km : Strava affiche 2 070 m de D+. Avec seulement 600 points d'altitude répartis sur le parcours, soit un point tous les 470 m environ, l'addition brute des montées ne donne plus que 1 651 m. Les petites bosses entre deux points ont disparu. C'est pour ça que, sur les exemples de ce site, j'affiche le D+ calculé par Strava sur l'enregistrement complet.

Quand tu importes une trace sur ce site, l'outil rééchantillonne l'altitude tous les 25 m puis la lisse sur environ 200 m avant d'additionner les montées. Sur une trace d'essai où j'ai ajouté un bruit artificiel de quelques mètres à une montée connue de 800 m, l'addition brute dépassait 1 500 m, et le calcul lissé retombait à 789 m. Le chiffre affiché peut donc différer de quelques pourcents de celui de ton application, et c'est normal.

Repérer les difficultés qui comptent

Pour préparer une sortie, je regarde le profil dans cet ordre :

  1. Les longues montées : leur longueur, leur pente moyenne et leur position. Une montée de 10 km au kilomètre 200 ne se gère pas comme au kilomètre 20.
  2. Les passages raides : les endroits où la ligne se redresse nettement, même sur peu de distance. En gravel, sur un sol cassant, ce sont eux qui peuvent te faire mettre pied à terre.
  3. Les enchaînements : une succession de petites bosses sans vraie récupération fatigue parfois plus qu'un col, et c'est là que le D+ grimpe sans qu'on s'en rende compte.
  4. Les descentes : sur une longue sortie, une grande descente à la tombée de la nuit ou sur un chemin dégradé mérite d'être repérée autant qu'une montée.

Une fois ces points repérés, reporte-les sur ton support : en repères dans le générateur de profil, ou en cols sur ton sticker. Et pour croiser difficultés et points d'eau, le guide préparer ses ravitaillements prend le relais.

Questions fréquentes

Quel D+ est le bon : Strava, Garmin ou Komoot ?

Aucun n'est « le » bon : chacun dépend de la source de l'altitude, des corrections et du lissage. Pour comparer deux sorties, utilise le même outil pour les deux.

Comment calculer une pente moyenne ?

Divise le dénivelé de la montée par sa longueur, puis multiplie par 100. 300 m de montée sur 5 km donnent 6 %.

Pourquoi mon profil a l'air plus montagneux qu'en vrai ?

Parce que l'axe vertical est étiré pour rendre les bosses visibles. Regarde toujours les graduations d'altitude.